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La révolution industrielle qui fait suite aux accords de Westphalie a permis l’émergence et le développement de l’internationalisation dans le commerce: la Mondialisation. Les accords viennent souvent après les périodes de crises ou les périodes d’affrontements militaires pour annoncer une nouvelle ère pour certains ou un nouveau monde pour d’autres. Dans un contexte d’échanges et à fortiori d’affrontements entre les États et à travers la recherche d’accroissement de puissances, les crises sont récurrentes. Elles reviennent pour annoncer un nouvel ordre dans la manière d’échanger et de disposer des ressources et des réserves entre les États. 

Les deux guerres qui ont marqué le 20ème siècle ont été précédées par des crises et ont été succédées par des résolutions, qui ont permis de réglementer le commerce entre les États.  

À la suite de ces accords (Gênes et Bretton Woods), un leader mondial de la gouvernance financière est désigné, respectivement, le Royaume-Uni puis les USA. Ainsi, se murmurait vers la fin du XXème siècle, l’avènement d’une troisième guerre mondiale qui ne serait caractérisée par des affrontements militaires entre les nations mais d’une guerre plus complexe. Durant son dernier septennat, François Mitterrand disait ceci: “ La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment”. 

Bâle 3 est une norme qui s’invite après la crise financière et bancaire de 2008 et n’a pas vocation à vouloir résorber les dégâts matériels et humains d’une quelconque guerre militaire. Elle s’inscrit dans une démarche de résolution des normes bancaires pour garantir une stabilité financière au profit de l’économie réelle. 

La gouvernance financière: un véritable enjeu pour l’économie réelle et mondiale

La crise de juillet 2007 dite crise des subprimes avec la crise bancaire et financière de 2008, ont pointé du doigt les limites des accords de Bretton Woods. Les conséquences de ces crises mettent en évidence la fin d’un cycle, celui de la méthode employée pour assurer une gouvernance mondiale de la finance internationale, fondée sur un système de dépôts des États membres vers une banque de reconstruction, avec comme monnaie support, le dollar. Pour rappel, ces accords avaient pour objectif affiché, la reconstruction des Etats touchés par les bombardements de 39-45. 

Depuis la révolution industrielle, l’étalon Or est resté la référence pour faciliter les échanges commerciaux, avec l’arrivée des planches à billets qui ont permis au Livre Sterling d’assurer une mission de régulation dans le but de réduire les risques d'hyperinflation au sujet de la parité or billets. Et c’est en 1922 avec les accords de Gênes que la convertibilité des monnaies nationales vers l’or sera effective, et ceci au lendemain de la grande guerre.  

Entre les deux guerres, les Etats-Unis connaîtront la crise boursière et bancaire de 1929, certains Etats ont appliqué des mesures de protection, en suspendant la convertibilité en Or. Ainsi, Gênes et Bretton Woods ont eu pour principale raison, la reconstruction des dégâts matériels des Etats après les deux guerres. Les pertes humaines et matérielles ont pu justifier l’idée d’instaurer ou de reconfigurer une gouvernance mondiale financière avec pour crédo, s’assurer une paix durable entre les Etats, dans les échanges commerciaux.

Il serait naïf d’imaginer que les échanges commerciaux seraient synonymes de paix durable et que les Etats vivraient en harmonie dans la tolérance, parce que le Livre Sterling puis le Dollar assurent une mission d’autorité sous la houlette des institutions financières. L’entrée des USA du côté des alliés après les bombardements NAZI en Angleterre et en France n’est pas anodine, et cela s’ajoute au fait que les accords de Bretton Woods ont eu lieu avant la fin de la seconde guerre, soit en juillet 1944. 

Les guerres ont été des prétextes pour mettre en place une gouvernance financière et quand bien même elles seraient précédées de crises financières, censées proposer des mesures correctives auprès des banques centrales et des banques commerciales dans le but de soutenir l’économie réelle. Qu’en est-il du programme Basle, communément appelé Bâle? Après 2007, des résolutions et des aménagements à partir des méthodes proposées par les accords de Bretton Woods n’auraient-elles pas suffit? Quelle puissance sortira gagnante dans ce processus qui n’intéresse pour le moment que les dirigeants du G20? 

Depuis décembre 2010, un comité a été mis en place par le G20 dans l’objectif de garantir un niveau minimum de capitaux propres et de solidité financière des banques. Au lendemain de la décision du 29 mars 2019, la position du dollar sera impactée par la réévaluation de l’or qui devient une monnaie comme le dollar, la Livre Sterling et l’Euro et non plus un simple métal boursier qui a atteint en 2019, la valeur de 1800-2000 $. 

Basle III: une nouvelle norme qui révèle des intérêts de puissance sous-jacents

Le rapport intermédiaire de 2014 sur la mise en œuvre du programme Bâle 3 a permis de faire le bilan de son état d’avancement. Le comité de suivi s’est engagé à suivre l’adoption des normes, à évaluer la concordance des réglementations bancaires nationales et régionales et à analyser les résultats prudentiels produits par ces réglementations. Pour garantir une stabilité financière des banques après le choc de 2008, le comité a quatre objectifs: 

  1. achever le programme de réforme d’après crise,
  2. suivre les travaux de mise en oeuvre,
  3. examiner l’équilibre entre simplicité, comparabilité et sensibilité au risque du dispositif
  4. et renforcer l'efficacité du cadre prudentiel. 

Ce comité propose une étude d’impact sur l'exécution des mesures réalisées par les banques centrales et commerciales qui s’y sont engagées. Et pour ce faire, il observe trois principaux indicateurs, leurs fonds propres, leur liquidité et les ratios de levier. La réglementation de Bâle 3 impose une augmentation des réserves de trésorerie. C’était une mesure forcée pour préserver la stabilité du système bancaire mondial. Dans certains pays, des dirigeants indignés ont exigé l’abandon du Bâle 3, alors que la logique serait de sortir de l'isolement pour se conformer aux normes mondiales de sécurité bancaire. 

Derrière la transition de la gouvernance mondiale du système bancaire et financier sont déployées des stratégies offensives, à l’heure où l’or est passé de 50% à 100% par rapport aux autres réserves et se hisse au premier plan. Il est maintenant clair qu’aucun État ne vendra de l’or à d’autres États pour investir sur les revenus d’exportation. La hausse du prix de l’Or entraîne la hausse du prix du pétrole et à fortiori du dollar. Pour faire court, aujourd’hui un baril de pétrole coûte 1,1317 gramme d’or. 

Rappelons le lien étroit qui existe entre le prix du pétrole et la convertibilité du dollar-or, selon Raymond Barre. Il soutenait l’idée que si l’on conservait l’or comme une monnaie, alors le prix du pétrole n'augmenterait pas, parce que l’or ne fait pas l’objet d’inflation. Selon Friedman, l’inflation reste un phénomène monétaire: à mesure que le développement économique des autres pays se rapproche du niveau salarial et du prix des biens de consommation alors le prix des matières premières augmentera.


Au demeurant, la réévaluation de l’or par rapport à son taux dans les réserves permet aux USA de passer de 170 milliards $ à 4500 milliards $ de fonds supplémentaires grâce au multiplicateur financier et du fait qu’il possède à lui seul 8133,5 tonnes d’or. L’Allemagne, la France, l’Italie, la Russie et la Chine vont devoir réévaluer leurs réserves d’Or, notamment ceux dont la réserve dépasse les 1000 tonnes, ce qui n’est pas le cas pour la Grande-Bretagne. 


La balle est donc remise au centre avec cette réévaluation de l’or et la mise en œuvre des nouvelles réglementations sur les pratiques bancaires. L’issue de ces affrontements pourrait faire l’objet d’une configuration de la puissance financière selon une logique multipolaire, souhaitée par le club Valdaï. Pascal Boniface parle d’une situation hybride uni-multipolaire” ou “en voie de multipolarisation”. Ce passage vers la multipolarisation ne serait-il pas achevé avec une nouvelle composition de la gouvernance financière, et cela depuis le 29 mars 2019? Dans une ambiance qui ne laisserait pas imaginer que nous vivons depuis deux ans, dans le nouveau monde de la finance internationale et sans qu’un événement, telle une guerre mondiale ne soit un prétexte pour justifier de telles transformations.

Metin Talishli

Trader

 

 

Sources: 

https://www.bis.org/bcbs/publ/d299_fr.pdf

https://www.bis.org/bcbs/basel3_fr.htm

https://www.bcv.ch/content/download/22749/351141/version/6/file/BCV%2020%2002%2025%20B%C3%A2le%20III%20-%20Pilier%203%20au%2031.12.2019.pdf

https://www.forbes.ru/mneniya-column/konkurentsiya/248579-bazel-iii-kak-tsentrobanku-ne-perestaratsya-s-nadzorom

https://zen.yandex.ru/media/zolotoy_zapas/bazel-iii-konec-lbma-blizok-60a3f174d0a43902b12fcf35