UTAS: un acteur incontournable de l’intervention sociale

Comment faire du réseau partenarial un levier dans le développement social?

Maïmouni RAMA

Charfia ABDILLAH

Nourmie ABDALLAH

Fainoussati M’BINGA

Sous la direction de Faissoil SOILIHI

Introduction

Dans le cadre de notre formation niveau 5 (niveau BAC +2) chargée d’accompagnement  social et professionnel, et spécifiquement dans notre AST005 – Institutions et acteurs de l’intervention sociale/ l’accompagnement, nous avons souhaité interroger l’intervention à travers une enquête auprès d’une UTAS (Unité Territoriale d’Action Sociale). Nous nous sommes rendus dans les locaux de l’UTAS, dans le but de faire un focus groupe avec les agents. Notre question de départ était celle-ci: Par quels moyens l’UTAS mobilise son partenariat pour produire du développement social dans son secteur?

Nous avons par la suite mener une réflexion sur les apports du partenariat et du développement social pour poser la problématique suivante: En quoi le développement social permet à l’UTAS Centre de renforcer la cohésion en proposant une coopération qui s’assoit sur un principe d’égalité entre ses différents partenaires, dans l’objectif d’optimiser l’intervention sociale? Ce partenariat pourrait s’inscrire dans une logique d’un intérêt mutuel pour réaliser des actions individuelles ou collectives afin de faciliter l’accès à l’autonomie des usagers, à travers la mobilisation des forces vives du territoire.

Dans un premier temps, nous évaluerons la manière dont le partenariat entre l’UTAS et les acteurs du secteur peut s’inscrire dans une démarche de coopération, d’égalité et d’intérêts mutuels afin de favoriser une évolution dans l’atteinte de l’autonomie des usagers (I).

Notre réflexion nous amène à montrer dans un deuxième temps que l’intervention sociale est un levier pour renforcer la cohésion de l’UTAS car elle participe au développement des initiatives individuelles et collectives, à travers la mobilisation des forces vives dans une démarche de développement social (II).

I.  Partenariat au centre des enjeux des politiques sociales

A.     l’UTAS devrait offrir un partenariat basé sur un principe d’égalité pour favoriser son  évolution dans son secteur

1)      le principe d’égalité est un enjeu de collaboration au sein de l’UTAS

Les travailleurs sociaux mahorais ont une double culture : d’une part les formations au sein des instituts et d’autre part, leurs analyses sur les problématiques sociales du territoire. Le principe d’égalité s’observe en interne de l’UTAS, lorsque les auxiliaires sociales sont amenées à réaliser les tâches des professionnels du travail social, pour pallier au déficit de manque du personnel.

Dans cet optique, l’ASS.3 nous parle des enjeux de collaboration à partir des efforts fournis pour respecter un principe d’égalité: “oui comme l’a dit l’ASS.2, on est un service de proximité auprès de la population, on accueille tout public ici dans l’établissement …donc ici tous les travailleur sociaux, situés dans le secteur qui interviennent en polyvalence de secteur au sein de notre service. On organise des permanences dans l’établissement. Chaque ASS a une journée ou une demi-journée où on accueille les usagers sans rendez-vous.”

Dans ce discours l’ASS.3 parle d’une posture de proximité vis-à- vis des usagers alors que les permanences se font uniquement au sein de leur établissement. Comment peut-on parler de proximitéde service alors qu’elles accueillent uniquement dans leur établissement, censé administrer quatre communes?

Du point de vue de l’ASS.2, la question du principe d’égalité entre les collaborateurs de l’unité territoriale est remise en question: “ le secteur de T… est très très grand, très très large, on était censé être deux, mais notre collègue est en arrêt, donc pour l’organisation, je gère que les urgences IP (Informations Préoccupantes). Donc tout ce qui est enfance en danger et on a une collègue (elle a demandé la fonction de la collègue) qui est auxiliaire de vie social  qui va se charger de tout ce qui est aide alimentaire. Secteur lourd!”

En effet, dans son discours, peut-on parler de principe d’égalité dans la collaboration entre les travailleurs sociaux et les auxiliaires sociales dès lors qu’elle a oublié la fonction de sa binôme, censée intervenir dans son secteur. Le partenariat devrait commencer en interne entre les collaborateurs pour être mieux légitimer entre les acteurs du secteur d’intervention.

D’un autre côté, la collaboration en interne semble bien fonctionner, le binôme entre l’ASS.1  et sa collègue est présent dans le cadre de l’accompagnement pour les aides, liées au logement: “ nous dans le service logement, on est deux: une assistante sociale c’est moi et ou une référente logement qui fait office d’agent d’accueil.. Nous on s’occupe… des personnes qui rencontrent des difficultés de logement. Et on intervient spécifiquement à travers trois dispositifs: on a le FSL, le FASAAL et un dispositif qui s’appelle l’aide à la pierre.”

Le principe d’égalité dans ces deux cas de figure nous amène à penser qu’une collaboration entre les services internes est utile afin d’obtenir un partenariat efficace et un meilleur accompagnement des usagers

La formalisation du partenariat n’est pas encore chose faite dans le secteur, il est une affaire d’opportunités pour orienter vers un cas, une situation ou un usager. Selon l’ASS.3 : “On n’a pas les mêmes partenaires …le partenariat intervient souvent sur des orientations. On peut avoir un partenaire qui nous oriente un usager , ça nous permet aussi de repérer une problématique commune qui est globale pour réfléchir ensuite à une action à mettre en place. Ou sinon le partenariat intervient quand on a des enquêtes sociales à prendre”. Les acteurs sociaux devraient construire une démarche synergique pour favoriser une évolution dans l’intervention auprès des usagers. Afin de légitimer ce principe d’égalité en interne et en externe, un partenariat interne n’est -il pas souhaitable afin de concevoir une orientation commune pour une efficacité dans l’intervention sociale?

2)      L’efficacité dans l’intervention sociale tient d’un partenariat formel qui s’inscrit dans la durée

L’un des signes de la réussite de la coopération est le fait que la plupart des travailleurs sociaux s’accorderaient à construire un partenariat pérenne, comme un tremplin dans l’exercice de leur métier. Il faudrait privilégier des compétences qui mettent en évidence la personnalité du travailleur social, dans le soutien pour la recherche de l’autonomie de l’individu.

A ce sujet, l’ES montre de la résignation à l’idée de composer un partenariat pérenne malgré la volonté qu’elle semble exprimer: “moi je dis de manière générale c’est compliqué, quand j’ai commencé, ce n’était pas sectorisé, du coup, je travaillais avec toute les communes encore une fois c’est très compliqué. Quand j’ai un référent, deux, trois mois plus tard la personne n’est plus là, tout est à recommencer. Il n’y a pas de passation du coup, recommencer un travail de trois, quatre mois je ne sais pas si j’ai eu tord mais j’ai lâché prise.”

Elle fait savoir que le partenariat (informel) est inutile car il suffit qu’un référent quitte son poste sans laisser d’écrit ni de notes pour que celui-ci s’arrête. Comment passer d’un partenariat d’opportunité et non formel tel que vécu par les travailleurs sociaux dans leur rapport avec les institutions de leur secteur vers un partenariat formalisé et inscrit dans la durée?

D’un autre côté, l’ASS.3 nous parle de l’existence de partenariat mais ne fait pas la différence entre des conventions engagées entre le Conseil Départemental de Mayotte et les institutions avec l’absence de conventions entre son UTAS et les acteurs qui travaille dans son secteur: “Nous on travaille avec desconventions, mais pas pour tous les partenaires par exemple comme avec la SMAE. Il y a des problèmes de communication (…). Le partenariat au sein du secteur d’intervention reste une affaire d’opportunités parce qu’il n’est pas formalisé à travers des conventions qui précisent les objectifs, les moyens et la durée de son déploiement. En dehors des aides au logement (exemple: FSL), l’UTAS n’a pas encore formalisé des partenariats avec les acteurs de son secteur pour atteindre une efficacité dans ses interventions.

3)      La polyvalence de secteur est un biais pour une réflexion et des actions communes dans l’objectif de résoudre des situations individuelles

Il existe plusieurs dispositifs d’intervention sociale sur le territoire, il est cependant nécessaire de bien les connaître. Ainsi, les professionnels devraient apprendre à cohabiter pour produire une réflexion et des actions communes afin de mieux guider les usagers vers leur autonomie.

L’ES met l’accent sur le “temps long”, consacré à l’instruction des dossiers, remettant en cause l’absence d’actions communes: “La résolution des situations individuelles prennent de plus en plus de temps; l’instruction des dossiers dure plus d’un an, souvent la personne prise en charge décède avant. Il y a une lenteur dans les administrations , on n’a jamais de retour.”

Après constat d’une absence de collaboration entre les acteurs qui traitent les dossiers des usagers, il est logique que le temps du traitement prenne du temps. Il y a une nécessité de s’approprier la question de la lenteur administrative pour trouver des solutions, dans le cadre de réflexions et d’actions communes entre les partenaires.

ASS 1 malgré ces propres missions elle fait aussi le travail des AS : Après comme toutes les AS,  je fais aussi tout ce qui est bon alimentaire, tout ce qui est allocation mensuelle, secours exceptionnel et je fais aussi des accompagnements sociaux liés au logement  ASL. “

Tous les travailleurs sociaux ont leur propre mission, mais ils se rejoignent pour accompagner et aider un usager vers son autonomie. Il existe tout de même une logique de polyvalence de secteur entre les TS dans la résolution des situations individuelles quel que soit le service qui reçoit l’usager.

B.     La mobilisation des partenaires dans le cadre d’une coopération pour un intérêt mutuel permettra aux usagers d’atteindre leur autonomie

1)      L’interculturalité pourrait-être un levier, dès lors que les professionnels partagent et agissent pour les mêmes intérêts

Les travailleurs sociaux doivent avoir une vision sur la culture et la pratique de l’intervention sociale afin de s’adapter au territoire. Le partenariat sera possible dans la mesure où ils partagent les mêmesintérêts.

La non formalisation du partenariat, à travers une convention, ainsi que la problématique relative à la lenteur dans les administrations public ou privé constitue un frein selon l’ASS.3 : “(…) Il y a une lenteur dans toutes les collectivités et les administrations et même dans le privé. Dès qu’on a un partenaire, celui-ci ne dure pas sur son poste. Quand il part, il faut recommencer à zéro puisque la personne part et ne laissepas de note ou de compte rendu au nouvel arrivant.”

La question interculturelle comme un frein peut-être posée pour cette situation, lorsqu’on rencontre une lenteur administrative entre les partenaires, surtout lorsqu’il s’agit de partenariat non formalisé. L’idée de mettre en place une plate-forme collaborative et inclusive permettrait de faciliter le management de l’information et de mettre en pratique un éventuel partenariat.

La capacité d’agir pour des intérêts communs est remise en cause par l’E.S : “Après moi je met l’accent sur le temps de .. la période de traitement des dossiers parce que (…). Sachant que tout ce qui est de l’aide financière, il faut compter sur la CAF ou la DPS et aussi la CSSM . Et un dossier peut aller jusqu’à une année voir plus avant que la personne perçoit son allocation (…). Et encore s’il y a une facilité… d’échéance avec les partenaires et qu’on a une personne référente. (…) moi j’ai une épaisseur de dossiers en attente d’un retour.”

La question interculturelle est un préalable au partenariat et notamment sur la capacité d’agir autour des mêmes intérêts. Ainsi, le développement social passera par la capacité des acteurs à établir un cadre propice au management de l’information.  

2)      L’identification de référent n’est pas suffisante car le développement social  nécessite du management de l’information

L’idée d’une interculturalité comme force au sein des organisations permet une flexibilité dans le management de l’information pour agir en collectif et pour avoir une agilité dans les rapports hiérarchiques. Dans le but de réduire les inégalités sociales, les unités devraient structurer le déploiement des ressources.

L’ES évoque une tentative de partenariat qui a échoué car il était question d’une prise de contact entre les référents choisies, par les personnes présentes le jour de la réunion des acteurs inter-institutionnels: “Oui! J’avais essayé de prendre contact, car moi je suis arrivée ici en 2018, on a fait une réunion avec la croix rouge donc j’avais besoin des collègues du CCAS et on avait demandé à avoir une personne référente et comment on allait travailler ensemble, mais jusqu’alors je n’ai pas eu de retour . Et à un moment donné, j’ai laissé tomber. C’est très compliqué”. Le partenariat de secteur repose sur l’identification de référent qui n’a de valeur que lorsque la personne choisie se pérennise dans son poste mais perd son importance dans les relations entre les acteurs institutionnels. Le manque de cohésion et de recherche de synergie entre les acteurs rend difficile le quotidien des usagers. Le management de l’information entre les acteurs institutionnels n’est pas effectif ce qui réduit les chances de produire un développement social qui impliquerait toutes les forces vives du territoire.

3)      La démarche commune d’accompagnement est sans doute la solution pour passer d’une approche centralisée vers une approche territoriale

Le travail en partenariat se propose d’agir selon une démarche commune d’accompagnement individuel ou collectif. Il peut produire du développement social à travers de l’innovation afin d’améliorer la situation des usagers dans leur recherche d’autonomie.  

Le partenariat formalisé est présent à l’échelle départementale entre le Conseil Départemental et les acteurs institutionnels impliqués dans les aides de droits commun alors que seul le CCAS et la Maison France Service de la commune O ont signé une convention avec l’UTAS. l’ASS.1 évoque le partenariat à l’échelle départementale: “L’Aide à la pierre permet à des familles qui sont en situation de précarité de bénéficier des aides (Bon alimentaire, accompagnement social lié au logement ASLL, accompagnement loyer). Le Département peut prendre en charge la moitié du loyer (…). Nous avons plusieurs partenaires, SPL976, EDM, SMAE, CCAS, SIM, CAF, SOLIHA, HCPC (bailleur) avec des conventions. Nous travaillons avec Mlézi qui intervient sur des cas sans convention.”

Le constat sur l’absence de convention entre l’UTAS et les acteurs de son secteur démontre le maintien d’une logique de centralité dans l’action sociale au détriment d’une démarche de territorialité qui aurait pu être un soutien dans l’intervention sociale.

La mise en place d’un dispositif de collecte, d’analyse et de suivi, permettrait d’agir sur des situations partagées par l’ensemble des travailleurs sociaux comme le souligne l’ASS.2:“c‘est quoi leur vraie problématique, c’est tout un processus en faite !..Donc la question là..elle  n’est pas vraiment adaptée au travail social pure et dure comme nous on fait, ne serait ce qu’ un usager qui vient à un RDV pour nous c’est une victoire.”

L’absence de partenariat ne permet pas d’établir une démarche commune d’accompagnement et réduit les chances pour l’UTAS d’être dans une posture offensive vis-à-vis des usagers. Elle est au contraire dans une posture passive et n’envisage pas de mettre un dispositif, consistant à agir par le collectif dans la résolution des situations individuelles et collectives.

  II.            Développement social une compétence à maîtriser

A.    l’UTAS devrait renforcer la cohésion avec les différents partenaires pour identifier les forces vives sur leur territoire

1)      L’intervention sociale devrait s’appuyer sur la définition d’objectif en commun de l’ensemble des acteurs

L’intervention sociale est un levier pour renforcer la cohésion de l’UTAS et participe au développement des initiatives individuelles ou collectives à travers la mobilisation des forces vives dans une démarche de développement social. La position intermédiaire des collectivités est cruciale, elle contribue à transformer les contraintes en potentialités, tant dans leur capacité à les cerner que dans les possibilités qui s’offrent à eux pour être force de propositions.

Dans le discours de l’E.S, on fait le constat de la méconnaissance des missions et des objectifs des acteurs qui travaillent dans son secteur :“le problème c’est que, chaque CCAS travaille différemment, moi personnellement je ne maîtrise pas exactement nos missions au niveau du CCAS et ça c’est une problématique”

La méconnaissance des autres acteurs et l’absence de définition d’objectif réduisent le champ des possibles en matière d’intervention sociale. Et c’est bien évidemment dans ce cadre que l’UTAS peut devenir force de proposition dans le développement social en s’appuyant sur son partenariat.

L’ASS.3 parle du désir de partenariat et de collaboration entre l’UTAS et les acteurs du secteur: “on nous dit d’être dans une démarche partenariale, aussi de repérer les nouveaux partenaires sur place. les convier à ce qu’on puisse les rencontrer ici, c’est qu’on est en train de faire. on doit aller chercher nos partenaires ça fait partie de nos objectifs.” l’UTAS a pour ambition d’identifier les acteurs afin d’établir une collaboration formalisée. Pour ce faire, ce partenariat devrait être basé sur un objectif et des intérêts communs, afin de ne pas maintenir le statu quo au sujet des contraintes par rapport à l’intervention sociale.

2)      L’UTAS : le bouc-émissaire des situations dramatiques dues au manque de synergie entre les acteurs.

Le temps de l’instruction du dossier jusqu’à la prise de décision du politique est contraignant pour les demandeurs comme pour les professionnels du travail social. Il convient donc de proposer de nouvelles méthodes de travail, à partir de l’analyse des réalités sociales de leur territoire.

Selon l’E.S la pluralité des orientations est un frein à la recherche de synergies entre les acteurs dans l’accompagnement des usagers, cela se vérifie à travers la lenteur administrative: “ En fonction de l’usager, les orientations sont différentes. Il y a une lenteur dans toutes les collectivités et les administrations.”

La lenteur administrative est la conséquence d’une pluralité des acteurs qui ont du mal à faire de l’accompagnement dans une démarche commune. L’objectif de cette démarche est de concevoir un système ou un dispositif, permettant aux acteurs d’agir en synergie.

L’une des conséquence de la lenteur administrative serait les situation dramatique comme énoncée par l’ES: “La résolution des situations individuelles prennent de plus en plus de temps; l’instruction des dossiers dure plus d’un an, souvent la personne prise en charge décède avant. Il y a une lenteur dans les administrations , on n’a jamais de retour.”

Il est primordial que l’UTAS impulse le travail en synergie entre les acteurs  afin de ne plus être le bouc-émissaire de certaines situations. Face à ce cas de figure qui précise l’idée selon laquelle, l’usager décéde avant d’obtenir son droit, l’évolution des méthodes de travail est incontournable.

L’UTAS est souvent confrontée à la colère et à l’incompréhension des usagers qui peinent à obtenir leur droit, dans ce cas, l’ES manifeste une négligence des acteurs, censés répondre aux difficultés, vécues par les usagers:  “Le souci c’est que nous qui sommes les référentes en fait du secteur, c’est nous qui ramassons (…). Quand on essaie d’appeler la MDPH, la CAF ou qui que ce soit, la personne ne répond pas behhhh…. je suis désolé mais la personne tourne autour. “

L’administration de l’UTAS est l’un des bouc-émissairesde la colère et de l’incompréhension des usagers qui est la conséquence d’une absence de partenariat. De nouvelles méthodes de travail sont à envisager du fait de la pluralité des orientations des acteurs qui peine à favoriser l’action commune dans l’accompagnement des usagers.

3)      L’action collective des acteurs peut puiser sur la solidarité mahoraise pour engager une démarche innovante

Les formes de solidarités mahoraises peuvent-être l’occasion de faire de l’innovation et donc d’engager une démarche qui tient compte des réalités sociales et non des attentes politiques et institutionnelles.

Dans cette citation l’E.S nous parle de méthodologie de travail de transparence et de solidarités:  “Revoir les méthodologies de travail dans un premier temps et aussi voir les partenariats externe, s’il y a des problèmes de communication, par exemple cela va impacter le travail avec le partenaire (…) avoir une traçabilité de ce qui a était fait ou de ce qui est en projet, quand la personne va changer sera toujours une trace écrite pour la continuité du service”.

Pour avoir une traçabilité des projets en cours et  futurs sur leur territoire. L’UTAS doit faire évoluer ses méthodes de travail dans le but de déployer un système qui tient compte des valeurs de la transparence et de l’efficacitéentre les acteurs, pour se faire il devront mettre en place une forme de solidarités mahoraises.

L’innovation est de revoir la méthodologie des travailleur sociaux en privilégiant le travail collectif comme le souligne l’ASS.3 : “mettre en place des temps d’échange tous les trois mois par exemple chaque trimestre (…) pour savoir ce qui s’est passé, s’il y a des choses nouvelles, des changements. (…) il faut un référent, il faut revoir la méthodologie”. 

L’UTAS devrait se diriger vers une démarche innovante en privilégiant des travaux collectifs, qui non seulement peuvent contribuer à consolider leurs relations futures entre les acteurs du secteur  et aussi aboutir à mettre en place un projet commun. L’UTAS doit agir en transparence en proposant une démarche innovante, vouloir consolider les relation avec les acteurs locaux, en proposant des actions  collectifs dans une démarche innovante pour l’efficacité et la solidarité mahoraises

B.    L’intervention sociale est le premier palier pour développer des initiatives individuelles et collectives au bénéfice des usagers

1)      L’intervention sociale devient un espace de production et d’expérimentation dès lors que les acteurs portent les mêmes objectifs et les mêmes informations

L’intermédiarité est surtout un levier de puissance politique puisqu’elle mobilise la connaissance des professionnels afin de proposer une démarche innovante dans le domaine de l’intervention sociale.

Selon l’E.S, elle affirme ne pas maîtriser son territoire en ne connaissant pas les missions des autres acteurs, chose qui n’as pas l’air de la choquer  : “Moi personnellement  je ne maîtrise pas en fait exactement les missions, les prestations que doivent présenter les CCAS , et ça c’est une grosse problématique. si tu me dis que le CCAS de Chiconi ils ont des bons euhhhh…”. On constate que il y a là une méconnaissance des missions et des objectifs des autres acteurs institutionnels, ce qui réduit les chance de faire du territoire un espace d’expérimentation dans l’intervention sociale

Comme si l’intervention sociale était seulement basée sur un accompagnement des usagers et à la distribution de bons alimentaires comme le dit l’E.S ?  : “Nous on accompagne tous les usagers dans l’accompagnement individuel et ou collectif et distribution de bons alimentaires”. Que représentent tous les usagers du secteur? l’UTAS partage-t-elle une base de données avec les CCAS et les associations du secteur? D’après les commentaires des agents sociaux, on constate que l’UTAS ne détient aucune base de données avec les autres acteurs de son secteur d’intervention social. La négligence des base de données conduit à la méconnaissance des mission et des objectif de chacun, ceux qui les empêchent d’avoir un espace d’expérimentation commun. 

2)      La collaboration entre partenaires construit du lien et un partenariat efficace tout en cohabitant

L’intervention sociale est plus qu’un lieu d’expérimentation et d’expression car c’est par elle que des réflexions et des actions collectives sont possibles. L’enjeu serait de les mener dans la durée.

L’ASS.3 explique que c’est le cadre d’une obligation contractuelle que le contact est pris avec les acteurs: “c’est comme on vous a dit au niveau des orientations, quand on a des rapports d’évaluations à faire, il faut tout le temps se mettre en lien avec les partenaires”. Lorsqu’il s’agit de produire un document contractuel, les travailleurs sociaux voient l’intérêt de construire du lien avec les partenaires (rapports d’évaluation).

Il n’y a pas que le travail en partenariat avec les autres acteur du social qui est important, le partenariat en équipe au sein de l’UTAS a aussi son importance comme nous explique l’ASS.2:  “Et aussi il n’y a pas que le partenariat avec les travailleurs sociaux …il y a aussi l’équipe dans l’UTAS, qui est aussi importante dans les démarches (…). L’équipe est très importante, il est important de travailler avec l’équipe.” La posture est le premier point de départ pour réussir un partenariat efficace et au profit du développement social et cela commence par la manière dont les travailleurs sociaux collaborent et cohabitent au sein de leur unité. Un partenariat efficace permet de construire du lien en collaboration avec les acteurs sociaux pour mieux cohabiter. Une collaboration entre les acteurs permettra de construire du lien afin de cohabiter pour obtenir un partenariat efficace.

3)      L’absence de priorité dans l’accompagnement des usagers est source d’inertie ambiante.

Les acteurs de l’intervention sociale devraient disposer de trois savoirs, pouvant leur permettre d’accompagner aux mieux les usagers:

  • savoir interagir, ce qui implique une écoute active du professionnel pour comprendre la demande,
  • savoir diagnostiquer, ce qui implique une analyse des besoins,
  • savoir réfléchir à la déclinaison des priorités pour un meilleur accompagnement (individuel et collectif).

Pour les situations individuelles, et de manière ponctuelle les acteurs mettent en œuvre les trois savoirs et de manière isolée afin de décliner des priorités dans l’accompagnement individuel et collectif. L’ASS.2 considère que l’absence de dispositifs d’accompagnement spécifiques justifie le l’inertie ambiante dans leur mission en matière d’orientation: “on va prendre la cas de (…) même si je devais orienter quelqu’un à (….), je me dirai pour faire quoi en faite parce que aujourd’hui il n’y a pas de dispositif spécifique, il y a pas d’aide pour les gens vraiment”.

Comment parler de missions d’un d’accompagnement social sans définir des priorités ? l’ASS.3 qualifie les urgences comme ses  priorités. Elle confirme effectivement qu’il n’y a pas de priorité: “il n’y pas de priorité, après on peut avoir des cas d’urgence. Quand il y a des urgences, on peut laisser de côté un dossier qui peut se faire plus tard et s’occuper de l’urgence, on n’a pas vraiment de priorités dans nos missions”.

Talleyrand: “Quand c’est urgent, c’est déjà trop tard!” L’absence de prioritésdans une organisation symbolise souvent une inertie ambiante. L’accompagnement  social devrait avoir comme finalité de répondre à la demande et aux priorités des usagers, afin d’éviter une désorganisation ou une stagnation.

Conclusion

L’intervention sociale est un levier pour renforcer la cohésion des acteurs car elle participe au développement des initiatives individuelles et collectives, à travers la mobilisation des forces vives dans une démarche de développement social. Elle est plus qu’un lieu d’expérimentation et d’expression car c’est par elle que des réflexions et des actions collectives sont possibles. Par ailleurs, l’idée d’une interculturalité comme force au sein des organisations permet une flexibilité dans le management de l’information. Le travail en partenariat se propose d’agir selon une démarche commune d’accompagnement individuel et collectif. Ainsi, les formes de solidarités mahoraises peuvent-être l’occasion de faire de l’innovation et donc d’engager une démarche qui tient compte des réalités sociales et non des attentes politiques et institutionnelles. La position intermédiaire des collectivités est cruciale, elle contribue à transformer les contraintes en potentialités. Il convient donc de proposer de nouvelles méthodes de travail, à partir de l’analyse des réalités sociales.

Le partenariat formalisé est présent entre le Conseil Départemental de Mayotte et les acteurs institutionnels (CSSM, SIM, SPL976, CAF, MDPH, etc.), impliqués dans les aides de droit commun, à l’échelle départementale. Cette démarche montre une volonté d’agir au bénéfice de l’action sociale qui privilégie une approche centrale. D’un autre côté, si l’UTAS veut faire du développement social alors les pratiques du travail social constituent la meilleure alternative. Il revient donc à l’UTAS de concevoir et d’orchestrer son réseau partenarial dans son secteur pour produire de l’accompagnement en mobilisant des synergies. Pendant ce temps, seule la MFS et le CCAS de la commune O. a signé une convention avec l’UTAS et il semblerait que cette initiative viendrait de ces structures. Ce serait donc à l’UTAS de décliner des objectifs et des moyens qui incluent l’ensemble des parties prenantes. Elle ne peut construire cette organisation qu’en ayant une parfaite connaissance des missions et des objectifs, relevant des acteurs concernés.

Dans le cadre des enquêtes, nous avons recensé les propositions suivantes:

  1. identifier les futurs partenaires en maîtrisant leur missions et leurs objectifs
  2. mettre en place des réunions partenariales en vue de signer des conventions
  3. définir un plan pour la lutte contre la pauvreté
  4. renforcer les moyens matériels et techniques de l’UTAS
  5. adapter les locaux pour un meilleur accueil
  6. disposer d’une base de données commune
  7. mettre en place des espaces de réflexions collectives pour améliorer le développement social.

Articles

Le “Koffia” <em>made in China</em> tire “<em>à balles réelles</em>” sur les contradictions comoriennes

Le “Koffia” made in China tire “à balles réelles” sur les contradictions comoriennes

Le port du Koffia est une pratique importée par les populations venues de la Tanzanie, plus spécifiquement en provenance de Unguja, une des îles de l’archipel de Zanzibar. Cette pratique prend une autre ampleur dans l’archipel des Comores et notamment dans l’île de N’gazidja pour en faire un produit de luxe mais surtout un signe […]
Les femmes et la dépigmentation volontaire de la peau

Les femmes et la dépigmentation volontaire de la peau

Du phénomène de mode à la déviance sociale La peau est l’un des organes les plus importants chez l’être humain, un organe indispensable pour la survie des individus. En effet, elle a pour fonction principale de protéger l’organisme et le corps en général contre toutes infections, bactéries qui existent dans l’environnement. Celle-ci détermine de manière […]
Basle 3: le guide pour les institutions financières ou le symbole de la fin d’un cycle vers un monde multipolaire

Basle 3: le guide pour les institutions financières ou le symbole de la fin d’un cycle vers un monde multipolaire

La révolution industrielle qui fait suite aux accords de Westphalie a permis l’émergence et le développement de l’internationalisation dans le commerce: la Mondialisation. Les accords viennent souvent après les périodes de crises ou les périodes d’affrontements militaires pour annoncer une nouvelle ère pour certains ou un nouveau monde pour d’autres. Dans un contexte d’échanges et […]
La délinquance juvénile à Mayotte : des réponses pénales et des mesures d’accompagnement inadaptées

La délinquance juvénile à Mayotte : des réponses pénales et des mesures d’accompagnement inadaptées

La question de la responsabilité pénale des mineurs a longtemps fait l’objet d’un débat. Il convient dans cette communication de proposer une lecture juridique qui permettra de prendre acte des incohérences à relever au sujet des réponses pénales et des mesures d’accompagnement par rapport à la réalité démographique et sociologique de Mayotte.  Rappelons tout d’abord […]
La transformation des étudiants: un enjeu d’intégration

La transformation des étudiants: un enjeu d’intégration

Lao Tseu: “ L’échec est le fondement de la réussite“ Le présent article reprend un mémoire de Maîtrise de Sociologie Politique, soutenu en 2005 à l’Université Jean Jaurès de Toulouse. Il retrace les quelques points d’une réflexion qui traitait du sujet des étudiants Mahorais, vivant en France métropolitaine. La thèse défendue était celle-ci : la construction […]
Le systeme carceral face aux risques de recidive de la population penale

Le systeme carceral face aux risques de recidive de la population penale

Ce texte est le résultat d’un travail de recherche et d’enquête au sein de la maison d’arrêt de Nice. Il portait sur la réinsertion professionnelle des détenus et s’est proposé d’interroger, un certain nombre de faits marquants :  Comment faire respecter les règles pénitentiaires à des personnes, ayant enfreint aux règles dans une société qui connaît […]
Le service civique a mayotte : un tremplin pour une entree dans la vie active

Le service civique a mayotte : un tremplin pour une entree dans la vie active

Le service civique est instauré par la loi du 10 mars 2010. Ce dispositif est mis en place par l’Etat dans le but de permettre aux jeunes de s’engager de manière volontaire dans des missions d’intérêt général, auprès d’associations, de collectivités ou de services publics. C’est un engagement indemnisé à destination des jeunes qui ont […]